L’imposteur du syndrome

L’imposteur du syndrome

Vous en avez certainement déjà entendu parlé ? Et probablement pas qu’une fois. Le syndrome de l’imposteur, quasi-pathologie socio-professionnelle génère du clic et de l’engagement à foison. Pour nos cerveaux qui ont une facilité à la complainte, c’est un concept bien chaud dans lequel il est aisé de se lover comme dans la phobie administrative. Derrière de vraies souffrances, il y a peut-être plusieurs réalités à aborder avec prudence…

Le syndrome de l’imposteur, quésaco ?

Une personne qui souffre du syndrome de l’imposteur surinvestit son implication dans une tâche de crainte que son environnement social découvre qu’elle est un escroc. Ce manque de confiance maladif pousse l’individu à s’agiter pour se montrer et montrer à autrui qu’il en fait beaucoup, pensant ainsi compenser le défaut de compétence dont il pense souffrir.

Malgré la validation d’autrui, les personnes qui souffrent du syndrome de l’imposteur ne parviennent pas à reconnaître la qualité de leur travail, ce qui les conduit à une quête infinie de compensation… et de comparaisons.

Dans les faits, celui ou celle qui souffre du syndrome de l’imposteur va toujours trouver les idées ou les réalisations des autres bien plus pertinentes et admirables que les siennes.

Souvent, l’individu qui se pense imposteur va au-delà de la persévérance dans les tâches, au risque de sombrer dans un acharnement qui lui fera mettre son énergie trop longtemps au même endroit… et rarement au bon endroit.

Habituée à composer avec un masque qui lui semble nécessaire pour être reconnue, la personne va sombrer dans un cercle vicieux pensant que tout ce qu’elle obtient n’est lié qu’au jeu qu’elle a joué… mais sera-t-elle capable de maintenir l’illusion ?

La reconnaissance étant un mécanisme social de base, chaque être humain a probablement un jour ou l’autre été confronté à un mécanisme semblable ou ne serait-ce qu’un questionnement sur sa légitimité. De la à parler de syndrome… même Pauline Rose Clance à l’origine du concept en 1978, émet des réserves sur l’usage du terme “syndrome”. Mais voilà, l’expression sonne bien et semble avoir échappé à la chercheuse…

Un effet de mode ?

Observable, observé, le syndrome de l’imposteur freine beaucoup d’individus dans leurs postures entrepreneuriales. Qu’on mette des mots dessus et qu’on en parle collectivement fait inévitablement du bien à ceux qui en souffrent réellement. Mais lorsque le concept dépasse la sphère des spécialistes pour se répandre sur les réseaux sociaux, n’y aurait-il pas le risque de quelques effets pervers ?

Humains, nous avons tous envie d’appartenir à un ou plusieurs groupes sociaux. Humains, nous sommes aussi tous confrontés aux mécanismes de la peur (pour la faire courte, on est cérébralement restés dans la savane : en mode “sur nos gardes”). Aussi, il peut parfois être facile de se dire “ah, voilà j’ai le syndrome de l’imposteur, je ne suis pas seul. Voilà une bonne raison de continuer à ne pas oser aller vers mes envies et mes convictions profondes”.

Si les discours de certains prédicateurs du développement pro et perso peuvent être doux à l’inertie, ils peuvent parfois créer plus de freins que d’opportunités (toutes considérations sur de bonnes ou mauvaises intentions mises de côté). Il ne suffit pas à l’incompétent de dire qu’il souffre du syndrome de l’imposteur pour devenir expert dans un domaine ou un autre…

De la même façon, certains pourront invoquer le syndrome de l’imposteur pour justifier l’inaboutissement des projets à mener. Le syndrome de l’imposteur devient alors la baguette magique ou la botte secrète qui va masquer le réel obstacle à surmonter. Il serait dommage de passer à côté d’une crise de sens ou d’un manque de passion professionnelle en pensant se réfugier dans un “faux syndrome de l’imposteur“, non ?

Permettons-nous un petit parallèle : nombre de bambins ont parfois “mal au ventre” au moment d’aller à l’école. Tourments digestifs mis de côté, est-il plus efficace de les laisser sous la couette à attendre “que ça passe”… plutôt que de chercher à comprendre les véritables origines de ce ventre serré ?

Pourquoi l’enfant n’a-t-il pas envie de nourrir sa curiosité naturelle de connaissances et de relations sociales ? Pourquoi a-t-il même peur ? Bref, qu’est-ce qui ne lui convient pas et comment peut-il être accompagné avec justesse… Les étiquettes ont ceci de dangereux qu’elles semblent parfois dispenser de s’occuper vraiment des sujets à travailler.

Syndrome ou pas, qu’est-ce que ça change ?

Question rhétorique, non ? Dans tous les cas, osez ! Mais rassurez-vous, oser ne veut pas dire faire n’importe quoi et sauter de l’avion sans moniteur et sans parachute. De l’audace oui, de la mesure éventuellement, du collectif : absolument !
Vous avez des peurs, parlez-en ! Vous ne vous sentez-pas capable ? Essayez. Vous manquez de repères ? Allez vers les autres.
S’il y a syndrome de l’imposteur, ne se dissout-il pas dès son énoncé ?
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